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Les Chroniques du Loup Blanc
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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Dim 27 Mar - 22:32 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Le Temple
   

C’était au milieu de l’un de ces hivers terribles que connurent jadis les régions du nord, cette période de l’année, qui de la mi-octobre à la fin mars voyait la Nature plonger dans un profond sommeil glacé et l’Homme lui-même devenir immobile, cloîtré autour de la maigre chaleur rassurante de son foyer. De courtes journées grises et blanches sous un ciel de plomb succédaient à de longues nuits noires illuminées parfois par une lune d’ivoire inondant des paysages enneigés. Lumière spectrale, linceul immaculé, le Temps s’écoule lentement, un vent fou sculpte la neige et la surface gelée des rivières dans un brouillard de cristaux tourbillonnants, un froid vif, sec et sans pitié rappelle à toute forme de vie qu’elle est fragile, vulnérable…et que c’est l’hiver.  
  
Messire Philippe rentrait au pays après cinq années au service de la Maison. Cinq années à parcourir la chrétienté mandaté par l’Ordre pour remplir certaines missions délicates dans la trame complexe que tissait la branche la plus discrète de l’Ordre du Temple à travers la totalité du Monde connu, depuis St. Jean d’Acre jusqu’au royaume d'Écosse.  
  
Maître Jehan, dûment averti de ce retour, ne savait s’il devait se réjouir de retrouver cet enfant du pays qu’il avait vu grandir et devenir homme ou s’il devait s’inquiéter du motif qui amenait ce personnage au statut ambigu au sein de sa commanderie.  
  
De maître Jehan on aurait pu dire qu’il était le Temple et que le Temple était en lui, profondément enraciné dans son esprit, nourri par une volonté inébranlable et servi par un corps sculpté par l’ascèse et les exercices du combat. Il ne devait son retour sur les Terres qui l’avaient vu naître qu’à la perte de sa main dextre, volée par un naphtûn qui avait lui-même perdu la vie dans l’explosion de ses projectiles dévastateurs lors d’une attaque de la petite place forte de Cafarlet il y a déjà vingt années. Maître Jehan avait combattu dix années en Terre Sainte dans la Milice du Christ et aujourd’hui encore, malgré son handicap et son âge, on le tenait pour un redoutable guerrier. Ce que l’on savait moins, par contre, c’est qu’outre une bonne connaissance des auteurs anciens, il avait fréquenté assidûment des rabbins de Tolède et d’éminents docteurs arabes. Doté d’un esprit pénétrant il était assez bien formé aux arts libéraux… Par cette nuit froide, dans la solitude de la cellule qui lui servait de chambre et de bureau, il ne croyait plus que nos vies ne sont que les jouets du Diable ou de Dieu, mais tenait pour plus sage d’imaginer que nous étions peut-être responsable de ce qui nous arrive ou que nous en étions, en tout cas et pour le moins, co-responsable.  
  
Messire Philippe devait arriver avant laudes, ce qui laissait au mieux trois heures de répit. Maître Jehan s’agenouilla face à la petite statue de bois sombre qui siégeait dans l’ombre de la seule niche de la pièce. Il cherchera dans la prière le repos de son âme tourmentée puisque celui de son corps fatigué ne lui est, cette nuit, pas permis. Face à la représentation peu classique de cette vierge d’ébène, la pensée peu orthodoxe d’un fragment du Cantique des cantiques lui vint à l’esprit et le fit sourire. Il se le murmura pour lui-même et pour Elle comme un préambule, un baume apaisant avant la mortification expiatoire de l’attente immobile, douloureuse et de la prière répétitive jusqu’à l’annihilation de toute pensée et de toute volonté. Un rayon de lune traversa l’étroite ouverture de la fenêtre malgré l’opacité crasseuse du parchemin huilé et illumina son visage buriné et l’intérieur de l’alcôve. La vierge souriait tendrement, lui, il pleurait en silence…  

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MessagePosté le: Dim 27 Mar - 22:32 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Gabriel de Fieremont
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MessagePosté le: Lun 28 Mar - 07:29 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

 Hehehe vive l'hiver ! Les descriptions sont bien ( surtout la dernière partie ) qui laisse place à une probable action ( si, si ... le calme avant la tempête ) mais on verra ce que nous cache cette lune d'argent, qui luit sur les visages innocents avant le combat pour leur survie !


( je le reposterai ... c'est juste pour illustrer les dires ! )



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"T'as pris ma balançoire, je vais t'bouffer pour ça !" le Loup Noir


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Messire Ferrand
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MessagePosté le: Lun 28 Mar - 11:58 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Très belle qualité d'écriture, un incipit qui promet des rebondissements, un vocabulaire riche, travaillé et recherché ... Je ne peux que m'incliner devant ce talent ! 
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Ost du Lapin Noir, bonjour !

Que nos armes estripent les bougres d'anglois et taverniers qui se dressent sur nostre route !


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Gabriel de Fieremont
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MessagePosté le: Mar 29 Mar - 19:48 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

 Incline toi alors humain ! Car les loups serons maîtres de ce monde ! MWAHAHAHAHAHAHA ! * hic*
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Amaury de Loupmont
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MessagePosté le: Jeu 31 Mar - 20:11 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

ah ferrand je crois que les loulou vont vite en besogne  Okay ! Comme le disait Jacouille.
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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Jeu 31 Mar - 21:32 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Escuyer Amaury, peux tu me rappeler la constitution héraldique du noble écu qui orne ta cotte d'arme ? ET ME LA COPIER 100 FOIS !  Non mais... Vive les Loups. Roi
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Messire Ferrand
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MessagePosté le: Jeu 31 Mar - 22:25 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Je n'ai qu'une chose à dire :                  Roi
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Gabriel de Fieremont
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MessagePosté le: Ven 1 Avr - 06:11 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

 Bientôt en librairie :


" Les Chroniques de la vache qui rit ... "
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ogier d'ancer
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MessagePosté le: Ven 1 Avr - 08:41 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

je l'avais bien perçu tu as le calam bien taillé
au moins autant que ta langue est bien pendue
ton babil n'est point niaiseries d'enfançon
ton talent de conteur doit enchanter les soirées d'hiver
ou la buche craque sous la flamme quii ronfles dans la cheminée
a ne pas confondre avec messire de loupmont ronflant comme une buche devant sa cheminée sous sa peau de renne
grandement célèbre!!!!!
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ogier


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Alaïs d'Hattonchatel
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MessagePosté le: Ven 1 Avr - 16:55 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

pas mal Vénération de l'administrateur (vivement conseillé) <img src=" border="0" class="xooit-smileimg" /> on a hâte de lire la suite
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Gabriel de Fieremont
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MessagePosté le: Ven 1 Avr - 16:57 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

J'ai pas autant de succès avec mes chroniques ... snif
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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 10:46 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Le Fils

C’était l’hiver de mes quatorze ans, mon univers se bornait au manoir de mon père, à son piètre domaine et au village tout proche. J’étais son sixième fils, le plus jeune des trois qui avaient survécu à l’enfance. Je ne pouvais prétendre ni au titre, ni au patrimoine et je n’avais aucun avenir. Même dans une famille fortunée, un dernier né n’avait pas grand-chose à espérer et la notre avait, depuis bien longtemps déjà, dissipé tout son bien. Mon temps se partageait entre la chaleur rassurante de l’âtre autour duquel mon âme rêveuse venait s’abreuver des récits des guerres anciennes et des hauts faits du temps du grand Godefroy de Bouillon, et de longues heures à courir nos terres pour rapporter le faisan, le gibier ou la truite sans lesquels nous aurions parfois risqué de mourir de faim.
Mon frère Philippe, de six ans mon aîné, a quitté le domaine contre la volonté de notre père pour accompagner un fils de baron français en Terre Sainte. Une partie importante de nos biens a servi à l’équiper pour cette folle aventure. Je me souviens des méchantes querelles et disputes qui ont précédées son départ, mais ni les colères de père, ni les pleurs de notre mère ne l’ont gardé parmi nous et voilà cinq années que nous sommes sans nouvelles. Son souvenir me hante parfois ; je revois tantôt ses yeux rieurs dans l’ovale clair de son visage bien fait avec cette masse de cheveux châtains qu’aucun barbier n’avait jamais réussi à dompter, à d’autres moments c’est l’éclat dur d’un regard d’acier dans la pâleur presque livide d’un visage déformé par la colère qui s’impose à moi. Tantôt j’envie ce frère qui a su s’élancer pour suivre ses rêves et s’arracher à un quotidien d’ennui qui ronge les âmes aussi sûr que la gangrène ronge les corps, tantôt je le hais pour son égoïsme qui l’a fait partir seul aux dépens de tous ceux qui sont restés, ne prenant dans la charge d’aîné de la lignée que l’épée, la bannière et la gloire, nous laissant la gestion misérable d’un domaine saigné à blanc par ses frasques…
Mon frère Pierre n’a qu’un an de plus que moi, c’est un rêveur et un caractère doux qu’il tient sans doute de notre mère. Les hommes d’Eglise ne s’y sont pas trompés, il y a déjà deux années, en « offrant » contre une rente exorbitante de « prendre en charge l’éducation de cette âme vulnérable et sensible », m’arrachant du coup le seul compagnon qui me restait. Bien qu’il m’écrive parfois, je ne retrouve pas dans son latin alambiqué la joie et la simplicité, ni surtout l’intimité de nos relations passées. Les moines sont habiles, mais Pierre est intelligent et s’il m’a souvent été pénible d’affronter seul la rigueur de ma condition précaire, aujourd’hui je m’en accommode plus facilement car je pense qu’il interfère auprès de Dieu pour moi…

 

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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 10:51 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Le Fils (suite)

Le soir était proche et je pestais contre l’entêtement qui m’avait fait poursuivre aussi loin du village ce chevreuil que j’avais eu la maladresse de ne blesser que légèrement ce matin. Mon cheval était fourbu, dans moins d’une heure il ferait nuit, la plus proche masure que je connaisse était bien trop éloignée pour être atteinte avant l’obscurité et voilà qu’il recommençait à neiger… Je maudissais donc mon inconséquence mais priais Dieu de mettre rapidement un abri, même sommaire, sur mon chemin. Les flocons se faisaient plus drus, la neige collante et humide s’accrochait à mon manteau, je décidai de regagner le sous-bois et de me préparer à y passer la nuit puisque Le Tout Puissant ne semblait pas avoir daigné m’octroyer de solution plus confortable. Après avoir longé la lisière à la recherche d’un endroit suffisamment abrité, je jetai finalement mon dévolu sur un vieux chêne à la ramure tourmentée, protégé du vent et de la neige par le voisinage compacte d’une vingtaine de sapins dont l’ombre noire se découpait déjà sur le ciel de plomb et isolé du reste du sous-bois par un mur de ronces, d’églantiers et de noisetiers, qui, tel un rempart de deux mètres sur deux mètres, semblait protéger l’intimité de cet arbre vénérable. Je pénétrais avec difficultés dans cette enceinte naturelle, j’en refermais l’accès par quelques branches, attachais mon cheval à la haie et m’installais enfin sur une des grosses fourches du chêne, le dos contre le tronc et les jambes pendantes à trois mètres du sol. J’étais épuisé, il faisait presque nuit, la seule lumière, blafarde, émanait du linceul neigeux qui recouvrait la plaine au-delà du sous-bois, le froid se faisait plus mordant, je m’enfonçais d’avantage dans mon manteau de grosse laine, heureux qu’il soit abondamment doublé de lièvre. Le sommeil me gagnait… 
 

 

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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 10:55 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Le Fils (suite)

Etait-ce le froid qui m’éveilla ou l’inconfort de ma position, ou cet instinct de l’âme guerrière qui laisse toujours une partie de nous même en éveil, à l’affût, à l’écoute alors que notre conscience et notre corps s’assoupissent ? J’avais froid et mon dos souffrait contre le tronc noueux, mais surtout mes sens étaient aux aguets, la sensation d’une présence, de quelque chose d’inhabituel, d’une rupture dans l’harmonie glacée des lieux par cette nuit d’hiver m’avait tiré de mon sommeil. Il ne neigeait plus, une lune presque ronde balayait la lisière d’une lueur laiteuse et par endroit faisait scintiller les cristaux de neige et de glace donnant l’impression que les étoiles du firmament se voyaient offrir par Dieu et la Nature, la Terre comme miroir pour un instant…  
C’est alors que je les ai aperçus, ombres noires se découpant sur le noir du ciel. Ils venaient du sud, par la Combe, l’ancienne voie abandonnée rendue impraticable par la négligence des hommes et les colères de la Nature, plus personne ne l’avait sans doute emprunté depuis les armées romaines, trop à l’écart des bourgs pour les marchands et colporteurs, trop accidentée et étroite pour les gens d’arme, trop dangereuse et isolée pour les voyageurs, la Combe appartenait à la mémoire et au passé, qui pouvaient ils être, d’où venaient ils et quels étaient leurs desseins ? Je me hissais sur une branche supérieure pour tenter de mieux distinguer les intrus avec l’étrange impression de n’être moi-même pas à ma place dans cette étrange situation…
  

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Messire de Loupmont
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 11:01 (2011)    Sujet du message: Les Chroniques du Loup Blanc Répondre en citant

Le Fils (suite)

Ils étaient sept cavaliers en armes montés sur de lourds palefrois, à mesure qu’ils se rapprochaient je distinguais mieux les détails de cet étrange équipage et un sentiment de malaise et d’inquiétude s’imposait à moi comme une mise en garde face à la curiosité que faisait naître dans mon esprit la singularité de cette apparition.    
  
Des Templiers, aucun doute n’était permis !  
Sur les lourdes capes de laine on distinguait nettement les croix griffues que l’Ordre apposait systématiquement sur les terres, les objets, les bêtes et même les gens relevant de sa juridiction exclusive comme une marque de possession jalouse. Ils étaient sortis de la Combe, l’un derrière l’autre et avaient continué à cheminer au pas, en colonne pendant quelques minutes puis insensiblement, s’étaient déployés pour progresser tel un fer de lance s’enfonçant lentement dans la chair vierge et immaculée de la plaine enneigée. Ils avaient parcouru la moitié de la partie la plus dégagée de la plaine lorsqu’ils s’immobilisèrent à environ une portée de flèche de mon repère. Je retenais mon souffle et priais pour que mon cheval ne trahisse pas ma présence, certain que ces terribles guerriers, si pieux qu’ils soient, n’accueilleraient pas favorablement l’idée qu’un godelureau espionne leurs pérégrinations nocturnes… Deux nouveaux cavaliers venaient de sortir de la Combe et se dirigeaient maintenant au galop vers le groupe toujours immobile. Deux manteaux blancs, mais pas de croix écarlate. Ils rejoignirent rapidement les autres et la petite troupe s’ébranla à vive allure vers le nord. Je restais comme pétrifié pendant de longues secondes. Mon cœur cognait contre ma poitrine tel un tambour, l’air glacé me brûlait les poumons à chaque inspiration et je ne sentais plus les doigts de ma main droite crispés sur le pommeau de ma dague de chasse qui n’avait pourtant pas quitté son fourreau…   
Mon cheval frissonna, je m’apprêtais à descendre de mon perchoir lorsqu’un mouvement attira à nouveau mon attention du côté de la Combe.  
  
Des loups, une meute d’une vingtaine d’individus. Pas de ces loups faméliques que l’on rencontre isolément parfois au détour d’un sentier et que l’on éloigne facilement d’un jet de pierre. Non, ceux là paraissaient bien nourris et puissant comme des dogues de guerre. Leur lourd pelage était gris clair pour la plupart mais certains étaient presque blancs comme la neige de la plaine et il y en avait un grand qui était noir comme la suie à tel point que j’eu l’impression, l’espace d’un instant, de voir courir une ombre sortie de l’enfer… Guillou, le fils du bûcheron, avait pris un loup par hasard dans un piège l’an passé. Il avait tenté de le soigner et de l’apprivoiser pour épater les donzelles, mais le pauvre animal n’a pas survécu et sa peau a servi de costume à Guillou lors de la fête des Fols. Il n’y a pas de loup sur nos terres, en tous cas pas de telle meute. D’où viennent-ils et où vont-ils ? Suivent-ils les Templiers ? Ces prédateurs plutôt intelligents n’affectionnent pas particulièrement l’acier, s’attaquent rarement à l’homme et ceux-ci n’avaient pas l’air affamés au point d’en perdre la raison. Alors ? Mon esprit s’échauffait et mon corps s’engourdissait de froid, je descendis de l’arbre et sortis de mon refuge, j’enfourchai bien malhabilement mon cheval avec la folle mais ferme intention de suivre ses mystérieux voyageurs.  
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